le coin des mamans

Être femme de gendarme pour moi

Aujourd’hui je souhaite vous parler de quelque chose que j’ai longtemps hésité à abordé avec vous. Parce que ce n’est pas le quelque chose que je voulais forcément mettre en avant sur mes réseaux. Parce que c’est un sujet délicat qu’on n’aborde pas avec tout le monde par peur des jugements peut être? Et puis parce que dans l’armée on ne s’exprime pas publiquement, on exécute et on se tait. Oui mais nous les femmes de gendarmes nous ne sommes tenu de rien! Les femmes sont même déjà descendues dans la rue pour exprimer ceux que leurs époux n’ont pas le droit de dire. Et puis j’ai pris conscience grâce à une personne que je remercie, que si je veux vraiment partager mon quotidien avec vous et que vous compreniez certains choix ou aspects de notre vie, c’est aussi quelque chose que je dois aborder. Je vais donc vous parler de mon quotidien de femme de gendarme. J’insiste bien sur le fait que c’est MON quotidien et MON ressenti car chaque femme vie la situation à sa manière et a un seuil de tolérance différent. La chance que j’ai est que j’ai aussi travaillé en gendarmerie pendant 6 ans en tant que CSTAGN (secrétaire), ça me permet de mieux comprendre les contraintes du métier et de me sentir moins à l’écart dans les discussions entre mon mari et ses collègues. Parfois les autres femmes me demandent de traduire car en gendarmerie il y a beaucoup d’abréviations et de spécificités. Depuis le début de sa carrière, mon mari a travaillé dans différentes unités ce qui me permet de vous parler de plusieurs facettes du métier.

Tout d’abord, pourquoi la vie d’une femme de gendarme serait-elle différente de celle des autres femmes? Si je vous dis que c’est parce que notre vie est faite de beaucoup de contraintes, vous allez me répondre que c’est comme tout le monde. On peut dire que la contrainte la plus évidente qui nous caractérise est la vie en caserne. Ensuite, les horaires à rallonge. Oubliez les 35 heures et dites bonjour aux journées où votre mari ne rentrera pas à l’heure et les journées de permanence où vous ne pourrez pas compter sur lui. Ces longues absences selon sa spécialité. Les anniversaires et les fêtes où il ne sera pas là parce qu’il est loin ou de permanence. Les plannings qui changent à la dernière minute alors que vous aviez prévu des choses… Je ne connais pas beaucoup d’emplois où toutes ces contraintes ce cumules. Voyons tout ça plus en détail.

J’ai rencontré mon mari lorsque nous avions 12 et 13 ans et nous nous sommes mis ensemble à 16 et 17 ans. J’ai toujours su qu’il voulait être gendarme et à l’âge de 18 ans il est entré dans la réserve. Une fois qu’il a terminé sont BTS, il est devenu Gendarme Adjoint Volontaire en Corse. Le temps que je termine mon BTS à mon tour, et un an après je l’ai rejoint. Je n’ai pas connu longtemps le travail de brigade car il est parti rapidement en PSIG (l’équivalent de la BAC en police). J’ai beaucoup aimé le rythme du PSIG. Avant que je ne travaille, je passais une bonne partie de la nuit avec ma voisine qui se couchait souvent entre 4 et 6 heures et je restais dormir avec mon mari qui récupérait de sa nuit de travail. Je n’étais donc jamais seule et ce rythme me convenait très bien puisque je n’avais pas d’enfants. Ensuite j’ai obtenue mon permis et j’ai travailler au Quick à Ajaccio avec des horaires qui me permettaient de profiter tout de même de mon mari. Au bout d’un an, je suis partie en école de CSTAGN pour 6 mois et juste avant ma sortie il est entré lui aussi en école sous officier pour 1 an.

A la fin de mon école, j’ai été muté à Versailles en Antenne Médicale. Mon mari lui avait le désir de faire quelques années de gendarmerie mobile pour commencer et il a donc demandé la région parisienne. La gendarmerie mobile, ce sont les gendarmes que vous voyer intervenir sur les maintiens de l’ordre tel que les manifestations, et qui partent en déplacement. Il a été muté à Aubervilliers je faisais la route tous les jours jusqu’à Versailles. Durant les 2 ans là-bas, mon mari n’a pas eu la chance de faire de déplacement en Outre mer car notre fille est née prématurément et même si elle était rentrée à la maison et qu’elle allait bien, ils n’ont pas voulu le laisser partir. L’avantage dans les escadrons parisiens est que les gendarmes mobiles font beaucoup de maintiens de l’ordre sur Paris, ils sont donc souvent à la maison. La particularité de son escadron est qu’il faisait les escortes de la Banque De France ce qui impliquait qu’il partait environ 1 semaine sur 2 ce qui était gérable.

Lorsque la caserne d’Aubervilliers a fermé, il a demandé un rapprochement avec moi à Versailles. Là bas, il a fait un déplacement d’un mois et demi en Corse que nous avions assez bien vécu Léna qui a eu 2 ans à ce moment. Par contre, il est parti quelques mois après 3 mois à Mayotte et nous l’avons très mal vécu Léna et moi. Elle avait grandi et se rendait plus compte de l’absence de son père. Elle m’a donc fait payer la situation jusqu’au jour où son père nous a envoyé un colis avec des cadeaux. Peut-être a-t-elle compris à ce moment que papa l’aimait, qu’il pensait à elle et qu’il allait rentrer, mais en tous cas, les choses se sont apaisées à ce moment. Le reste du temps à Versailles, la vie de famille était vraiment idéale même si j’avais hâte que mon mari quitte la gendarmerie mobile. Je pense que j’aurais eu énormément de mal à vivre dans un escadron en province ou alors nous aurions peut être acheté une maison près de la famille pour que je ne soit pas seule. En effet, pour les escadrons de province en gros, il sont la moitié du temps en déplacement et l’autre moitié du temps ils sont en vacances ou en récupération (pour schématiser) ce qui implique que le domicile familiale peut être n’importe où.

Depuis 3 ans nous sommes en Normandie près du Mont St Michel et mon mari n’est plus mobile. Aujourd’hui, il rentre à la maison tous les soirs ce qui nous convient bien mieux. Attention, ça ne veut pas dire que je peux compter sur lui tous les jours! Oui il rentre tous les soirs mais contrairement à la mobile, où quand il rentrait la journée était terminée, là il a des journées de permanences. Les jours où il n’est pas de permanence, il a des horaires assez classiques 8h à 12h et 14h à 18h le plus souvent. En revanche, les permanence sont prises pour 24h et là on ne peut jamais savoir de quoi sera faite la journée et suivant les interventions, il suffit de prendre une garde à vue le matin pour que durant 48h on ne se voit pas beaucoup. Bon, ici ce n’est pas non plus très courant. Si la journée de permanence est calme, la journée peut ressembler à une autre avec une patrouille la nuit en plus. les soirs de permanence, il faut espérer que vous vous endormiez rapidement après avoir été réveillée en pleine nuit car lorsque le téléphone sonne alors vous êtes aussi réveillé. Pour ma part, lorsqu’il est de patrouille, il faut vraiment que je soit très fatigué pour aller dormir parce que je ne suis pas tranquille du coup je l’attends. Quand le téléphone sonne en pleine nuit pour une intervention, suivant quel est le motif de l’appel, alors je peux ne pas me rendormir. C’est l’une des choses les plus compliqué à gérer pour moi. Certaines femmes ne se posent pas de questions mais moi j’ai toujours cette angoisse de l’intervention qui tourne mal.

Voilà donc une petite idée de ce qui attend une femme de gendarme selon si son mari est en gendarmerie mobile ou départementale. Et puis en dehors de ça il y a le reste. Les choses sur lesquelles les gens fantasment et se font une idée sans connaître la réalité.

Le sujet qui revient le plus je pense est le fait que nous sommes logé. Sous ce prétexte, on ne devrait donc pas avoir à nous plaindre. Alors déjà, savez-vous pourquoi nous sommes logé? le logement est un logement pour nécessité de service. Effectivement, le gendarme doit être disponible à toute heure si besoin et du fait de ses permanences, il doit être sur place. En plus, pour être tout à fait transparente, nous payons des charges tous les mois pour le chauffage collectif et l’assainissement de l’eau. Jusque là tout va bien vous me direz que c’est le cas de tout le monde. Mais par exemple ici, pour un 65m2 et le chauffage allumé entre novembre et mai environ (il est allumé au dernier moment quand il fait vraiment froid et éteint dès les premiers jours où il fait un peu chaud) nous payons 100€. Pas seulement quand le chauffage est allumé hein! Tous les mois! Qui paie autant dans le civil? Et puis les logement honnêtement ce n’est pas toujours la joie. A Aubervilliers l’appartement était très bien. Nous avions un T4 pour deux jusqu’à l’arrivée de Léna, de beaux espaces… A Versailles le logement était moins bien, il était fait bizarrement avec une salle et un salon séparés en 2 par un mur de 1 mètre de long environ. Et Là où nous sommes actuellement c’est une catastrophe! Nous avons un T4 de 65m2 pour 4. Je vous laisse imaginer la taille des pièces! la chambre des enfants fait 8m2 avec un placard pour celle de Samuel mais pas Léna. Tous nos meubles ne passent pas dans le salon salle à manger, ma cuisine est petite et les machines à laver et sèche linge sont dans le grenier que nous partageons avec l’appartement du dessous. Mon pied est passé deux fois au travers du plancher, 3 plaques électriques ont grillées pour un soucis d’électricité, la tapisserie de la salle de bain se décolle et moisie… Alors oui on est logé, oui c’est une chance pour le budget mais franchement je préfèrerais que mon mari soit payé plus et me loger moi-même.

Ce qui m’amène au deuxième sujet populaire, le salaire. Alors d’abord, on ne parle de pas de salaire mais de solde. C’est à dire qu’ils ne sont pas rémunéré à l’heure mais qu’ils ont tous les mois la même paie peut importe les heures effectuées. Ne croyez pas que c’est parce que les heures sont récupérée car c’est faut. Croyez moi il ne vaut mieux pas s’amuser à faire le calcul du salaire horaire car le SMIC est parfois loin devant.

Pour nous les femmes, pas facile de trouver un travail. Les femmes de gendarmes autrefois ne travaillaient pas. Elle pouvaient rester à la maison s’occuper des enfants sans que leur salaire absent ne soit un problème. Seulement aujourd’hui, avec la hausse du coût de la vie et le changement des mentalités, les femmes veulent travailler. En région parisienne lorsque j’ai quitté la gendarmerie et après avoir obtenu le diplôme d’auxiliaire de puériculture, je n’ai eu aucun soucis pour trouver du travail. En revanche, depuis que nous sommes en Normandie, j’ai passé 3 ans au chômage avec quelques mois de remplacements en maternité. J’ai fais un mois dans une maternité à 80km de route et 6 mois dans une maternité à 15 minutes de la maison. Malheureusement, ici il n’y a pas de travail pour les auxiliaire de puériculture. J’ai aussi fais 2 mois chez un dame tétraplégique comme aide à la personne mais je suis partie à la fin de la période d’essai car j’était mal traité (ceci est un sujet que j’aborderais surement un jour car je me sens mieux aujourd’hui). Depuis le mois de mai je suis assistante maternelle chez moi. J’ai d’ailleurs fait un article sur le métier ici. Ce n’est pas un métier que je ferais longtemps car être chez moi sans être libre de faire ce que je veux ne me convient pas. J’ai créé mon entreprise dans la couture il y a un peu plus de deux ans maintenant et je suis une formation depuis le mois de mai pour me lancer dans la création de contenu en tant que professionnelle. je vais d’ailleurs vous en parler très bientôt.

Être femme de gendarme c’est également vivre loin de sa famille. De plus en plus de personnes ont du mal avec cette contrainte mais pour nous c’est compris dans le pack du gendarme alors on s’en accommode. d’autant plus que depuis 3 ans je ne suis qu’à 2 heures de ma famille ce qui me permet d’y aller dès que j’en ai l’envie. En revanche, tout bientôt il se pourrait que nous déménagions bien plus loin! Mais là il va falloir avoir un peu de patience et continuer de ma suivre…

Certains enfants souffrent de leur statut d’enfants de gendarmes car ils reçoivent quelques brimades de leurs camarades. Ce n’est pas trop le cas pour nous. Apparemment cette semaine deux camarades de la classe de Léna se sont moquées mais franchement nous n’avons pas de soucis de ce côté. Par contre, la nounou a déjà eu des réflexions de personnes qui lui ont dis qu’elles n’accueilleraient jamais d’enfants de gendarmes. Lorsqu’elle accueillait les enfants d’autres gendarmes, elle avait remarqué qu’une dame ne lui disait systématiquement pas bonjours lorsqu’elle était avec les enfants. Il y a vraiment des comportements étranges chez certaines personnes. Pour ma part, je n’ai jamais eu de soucis mais certaines personnes que je ne connais pas et qui savent que mon mari est gendarme viennent me poser des questions et me racontent leur vie comme si c’était moi la gendarme.

Pour la vie à la caserne, c’est assez compliqué parfois. Dans les grandes casernes je pense que c’est mieux comme en mobile mais dans les petites casernes suivant la mentalité des gens, tout le monde sait ce qui se passe chez vous, qui vous recevez, on ne peut pas inviter un couple sans que ça fasse des histoires. Il y a les jugements, les critiques dans le dos… pire que la cours de récréation. Du coup nous faisons notre vie à l’extérieur, nous avons fais des connaissances et nous sortons régulièrement. Par contre il y a des endroits où ça se passe bien je vous rassure. Et quand on s’entend bien avec une autre femme de gendarme c’est génial parce que vous avez quelqu’un qui vit la même chose que vous, qui comprend et qui est juste à côté quand vous avez besoin. Mais ce n’est plus comme avant où la gendarmerie était une grande famille où on pouvait compter les uns sur les autres.

Voilà je pense avoir fait le tour, si vous avez des questions n’hésitez pas ce sera un plaisir de vous répondre.

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